Les glacis, c’est quoi ?

Les réputations sont coriaces, et certaines perdurent injustement. Les glacis font malheureusement parties de ces victimes de fausses idées préconçues. Il est si courant d’entendre les sempiternelles remarques telles que : « Les glacis, c’est difficile et compliqué » ; « Mon prof de peinture n’a pas voulu nous apprendre à faire des glacis… » ;  « j’ai pas le niveau pour pouvoir peindre en glacis » et bien évidemment, la fameuse question : « c’est quoi un glacis ? » 

Il est temps de dire stop  ! La pose de glacis est simple, facile, basique, et accessible à tous, peu importe votre niveau ! Et si certains profs ne vous l’apprennent pas, c’est qu’ils ne les maîtrisent pas eux-même ou qu’ils souhaitent conserver un secret de polichinelle. Mais avant de tenter de maîtriser ces glacis, encore faut-il comprendre le phénomène physique qui a lieu.

Un glacis, c’est quoi ?

Par définition, un glacis est une couche de peinture transparente que l’on superpose à une autre déjà sèche. Son but est de ne pas recouvrir un fond, mais uniquement d’en changer la teinte. Ce doit être une pâte légère composée de couleurs transparentes, (laque carminée, garance, bleu de Prusse, vert émeraude, jaune indien, blanc de zinc,…).  Autant de couches peuvent être appliquées que nécessaire, du moment que le temps de séchage entre chacune d’elle est bien respecté. La superposition peut donc être illimitée, les effets n’en seront que meilleurs. Attention toutefois à l’excès d’huile, responsable des temps de séchage excessifs et du jaunissement des peintures.

Réflection de la lumière à travers toutes les couches picturales superposées. C’est cette lumière réfléchie que notre oeil perçoit – Illustration prélevée de Manière de Peindre par J-P Brazs.

 

Par phénomène optique, c’est le parcours de la lumière qui importe ici, les rayons lumineux traversent ces multiples couches de couleurs, se réfléchissent sur le support blanc et parviennent à nos yeux créant une impression de profondeur. Comme si la lumière provenait du dessous de l’oeuvre elle-même. D’où l’importance de la préparation du fond. Les couleurs ainsi superposées en transparence deviennent beaucoup plus intenses, lumineuses et cette sensation de profondeur est bel et bien réelle. L’on compare souvent ce phénomène à celui des verres colorés.

A gauche : mosquée Nasir-ol-Molk en Iran, à droite : église St-Léger d’Orvault en France. La lumière traverse les verres colorés, reflétant alors toutes les couleurs.

Pour que ce phénomène soit réussi, la transparence seule ne suffit pas. Jamais une aquarelle, qui pourtant est par nature transparente, ne provoquera cette sensation d’intensité et de profondeur. Il faut pour cela que la pâte picturale soit suffisamment onctueuse pour créer une épaisseur sans perdre en fluidité, la peinture à l’huile est simplement parfaite pour cela lorsqu’elle est composée de liant résineux et d’huile claire.

Les grands Maîtres de la peinture à l’huile sont ceux qui sont parvenus à comprendre et à maîtriser ce phénomène physique au sein de leurs tableaux, aussi bien par le jeu interne des lumières que par celui de l’aspect. Car l’autre atout des glacis à l’huile, est cette onctuosité faite de matière grasse, permettant d’obtenir un modelé très doux, lisse, sans traces de pinceaux, d’où l’idée du glaçage…

Il est convenu d’attribuer la paternité de ce procédé à Jan van Eyck au début du XVe siècle, proposant alors une recette de peinture grasse, résistante à l’eau et aux effets visuels inédits. Il aurait été le premier à appliquer des glacis à l’huile sur des dessous à la détrempe (peinture diluable à l’eau), ouvrant alors par la suite la voie vers le « tout à l’huile ».

Les glacis sont l’essence même de la peinture à l’huile, sans eux, la peinture est fade et semble inachevée. Ils peuvent se superposer à une peinture acrylique ou une peinture à l’huile, peu importe du moment que la surface est sèche. A savoir que pour optimiser au mieux le phénomène de profondeur, c’est le tableau entier qui doit être réaliser en glacis, ainsi la lumière pénètre jusqu’au coeur pour facilement réfléchir sur le fond blanc du support.

Réaliser un glacis facilement

La seule complexité de cette étape est l’anticipation… car bien que les glacis viennent achever l’oeuvre, le peintre  doit y penser dès le départ pour pouvoir appliquer les teintes en conséquence. On peut utiliser les glacis ton sur ton, ou d’une couleur plus foncée ou plus claire que la sous-jacente. Ils s’appliquent aux pinceaux ou brosses souples (à poils doux, naturels ou synthétiques). On étend la peinture avec un médium transparent, facile à poser et séchant rapidement afin de pouvoir superposer les couches dans des délais assez courts. Le médium à peindre ou un médium à glacis du commerce sont prêts à l’emploi et très efficaces car ils répondent à ces attentes. Attention à l’excès d’huile qui serait non seulement responsable du jaunissement, mais qui prolongerait considérablement le temps de séchage.

L’application d’un glacis doit se faire d’un seul coup et assez rapidement, car vous verrez que la pâte résineuse devient rapidement collante. Ensuite, ne plus y toucher avant le séchage complet.

Démonstration

Voici le sujet qui va nous servir de base pour l’application des glacis à l’huile. Il est indispensable que cette première couche soit intégralement sèche. Vous trouverez la vidéo en bas de page !

Pour les glacis, il est indispensable d’avoir :

Le médium à glacis et le médium à peindre sont composés entre autre de résine naturelle. Quant la résine durcit, le pigment est pris comme un moustique dans de l’ambre, c’est donc grâce à elle que les pigments vont être protégés et devenir pérennes à travers les âges. Les médiums prêts-à-l’emploi disponibles dans le commerce font très bien l’affaire, à condition de choisir des marques fiables.

Après avoir plongé votre pinceau dans le médium, mélanger à votre couleur afin d’obtenir une consistance fluide, onctueuse et surtout transparente. Ici par exemple, le bleu de Prusse, très foncé en pâte, devient plus lumineux une fois dilué au médium. Le résultat obtenu est bien différent d’un simple mélange couleur/essence qui dénature la teinte et appauvrit la pâte, ici, l’on sent son apport en matière grasse.

Enfin, il ne reste plus qu’à appliquer votre teinte à l’endroit voulu. Pour obtenir ce fameux modelé doux (sans traces de pinceaux), il suffit simplement de « caresser » la surface avec une brosse propre à poils très doux.

Voici le résultat final après seulement 6mn de traitement !

 

 

Glacis appliqués en seulement 5mn !

39 commentaires sur “Les glacis, c’est quoi ?

  1. POYET Anne-Lise, le

    Bonjour Amandine,

    merci pour toutes vos explications, Mais quelques questions me viennent. Pouvez-vous me guider. Je suis sur un fond en acrylique, mon dessin est terminé, avec la peinture à l’huile, je fais tous les détails. J’ai l’impression que cela donne du relief et de la lumière!!
    Ensuite puis-je passer un glacis sur la totalité du tableau ou uniquement sur les fonds à l’acrylique et enfin après des « lustres » le vernir ?
    Beaucoup de questions. Merci pour vos éclaircissements. Bien cordialement.

    Répondre
  2. Philippe, le

    Bonjour;
    Je peint à l’huile depuis plus de 40 ans et j’ai honte d’avoué que je n’ai jamais tenté la technique du glacis, alors je m’y lance à présent, mais j’ai une question : j’ai préparé deux tableaux, mes fonds sont fait, la couche maigre est sèche, bien sèche, (plusieurs semaines), est ce que à présent je doit appliquer une couche de vernis à retoucher avant d’attaquer mes couches de glacis qui devraient finaliser chaque tableaux ? ou est ce que l’utilisation d’un médium à glacis ( médium gel lèger liquin de Winsor et Newton) mélangé à ma peinture à l’huile serra suffisant pour une bonne accroche ?

    Répondre
  3. Patrick COUVET, le

    si les glacis doivent respecter le principe du gras sur maigre, alors la dernière couche du travail d’exécution et d’empattement, sur laquelle, on les pose, ne doit pas être faite avec un médium composé de 100 % d’huile de lin, n’est-ce pas ????!!!!

    Répondre
  4. Patrick COUVET, le

    bonjour
    1) pouvez-vous me confirmer qu’il ne faut pas passer du vernis à retoucher avant de poser les glacis ( Jean Georges Vibert, recommande même de passer de l’essence de pétrole pour diluer le vernis à retoucher, avant de poser les glacis )

    j’ai vu d’ailleurs dans cet excellent article, que l’on pouvait passer les glacis, dans le frais, le demi-frais ou le sec
    Mais si on le passe dans le frais et le demi frais il faut utiliser du médium sans diluant:
    http://www.jpbrazs.com/__download/BRAZS/ECRITS%20JPB/jpbrazs_glacis.complet.pdf. Voici un lien de format pdf qui traite avec détails de la technique du glacis huile .

    2) Je viens d’acheter du médium pour glacis flamand ambrée-brillant, Lefranc bourgeois .

    connaissez-vous ce médium pour glacis?!

    le recommandez vous ?!
    ne donne-t-il pas une teinte un peu jaune?!!!

    merci ?

    Répondre
  5. Klécha, le

    Bonjour,
    Savez- vous si Rembrandt utilisait le glacis pour ses fonds sombres, où les objets sont à peine suggérés ?
    Par exemple, on discerne très légèrement, et après un certain temps, une poutre ou une porte dans la pénombre en arrière plan.
    Merci beaucoup pour votre réponse.

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Bonjour, n’étant pas spécialiste de Rembrandt je peux juste vous dire que les zones sombres de ses tableaux sont réalisées en fines couches (le fond étant préalablement teinté en ocre rouge ou terre d’ombre), alors que les lumières sont en pleine pâte. Les blancs sont même en épaisseur. Merci à vous

    • Anthony, le

      Le clair-obscur :

      On fait émerger quelques parties du sujet dans l’obscurité. (Ex Rembrandt 75% ombre)
      Même les parties de l’objet qui se noient dans l’obscure ont été peintes en lumière.
      Faire minimum 4 fonds superposés :

      1? terre d’ombre brûlée + rouge carmin (fond déjà assez foncé, pas un vieux jus), 1ers
      rehauts blancs, colorer les points lumineux et même l’ombre (sauf la pénombre)
      2? terre d’ombre brûlée + bleu outremer + rouge ; couvrir toute la surface ensuite on
      rehausse mais en réduisant la surface de rehaut de la 1
      ère couche
      3? terre d’ombre brûlée + bleu outremer ; tout recouvrir puis rehausser les blancs mais
      encore moins
      4? bleu + rouge, colorer les blancs
      Réf : Vermeer Rubens Rembrandt Velasquez

      Technique 2 :
      (Environ 10 couches)
      Dessin sur fond blanc, fond brun transparent un peu partout
      Brun transparent, brun Van Dyck, lumière en blanc pur qui mord sur l’ombre puis on remord
      sur la lumière en faisant l’ombre et ainsi de suite « allers-retours »
      -brun transparent
      -blanc pur plus grand qu’au final
      -pénombre, bleu outremer + brun transparent + rouge
      -lumières rouges/orangées
      -ombre, violets et moins de bruns
      -blanc froids
      -glacis sur tout

  6. dominique ramage, le

    Bonjour,

    Peut-on faire une même couleur de glacis sur la toile entière pour uniformiser les différents tons et créer une meilleure harmonie dans le tableau?
    Peut-on appliquer la glacis avec une mini éponge?
    Merci pour vos réponses

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Bonjour, vous appliquez le glacis comme il vous plaira ! Quand à la mini-éponge, attention à ce qu’elle n’absorbe pas tout le « gras » et l’onctuosité de la pâte, propres aux glacis.

  7. Huc, le

    Bonjour et grand merci pour ce blog, très utile. Je débute, acrylique et huile. L,huile est beaucoup plus agréable, mais je peine à bien comprendre la technique gras sur maigre. le glacis n’est-il pas plus maigre que la dernière couche de peinture?

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Bonjour, le glacis doit toujours être plus gras que la couche précédente, pour cela, c’est à vous d’ajouter suffisamment de médium à la couleur pour lui apporter le gras nécessaire.

  8. Cécile, le

    Bonjour,

    Merci pour vos explications claires.
    Peut-on peindre une première couche avec une peinture opaque avant de passer les glacis ou est-ce un non sens ?

    Répondre
  9. Jonathan MTC, le

    Bonjour. Doit-on en conclure qu’en peinture à l’huile, l’ombre & la lumière sont toujours à réaliser aux glacis ?
    Aplats : peinture opaque + médium + essence.
    Nuances : peinture transparente + médium à glacis ?

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Bonjour, il existe 2 manières de peindre à l’huile : en alla prima (tout en une seule fois), ou de manière traditionnelle en plusieurs couches. Dans ce dernier cas, les ombres et lumières sont rehaussées (accentuées et non crées) par les glacis.

  10. CHRISTINE, le

    bonjour,
    la lumière semble venir de la gauche mais c’est le côté droit du fruit qui es éclairé … je ne sais que penser ?…

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Bonjour, c’est bel et bien l’ordre logique et naturel 🙂 La lumière prenant sa source sur le coté droit, les rayons lumineux traversent le cadre de la droite vers la gauche… donc la sphère est éclairée sur sa droite, face à la source, et si l’on suit la direction des rayons, ceux-ci viennent se poser sur l’arrière-plan, à gauche. Si vous êtes septique, faites le test avec une lampe !

  11. Nuitsanslune, le

    Bonjour,
    Quelles « recettes «  maison pour un glacis: quels produits privilégier, quelles proportions surtout en cas de glacis successifs?
    Jamais d’huile pure?
    Est-il possible de poser du vernis à retoucher sur un glacis? Si oui, quel intérêt ?
    Merci pour votre site très utile pour un amateur !

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Bonjour, pour une recette maison, vous pouvez utiliser de l’essence de térébenthine, de l’huile de carthame ou de de l’huile de lin purifiée puis de la térébenthine de Venise. Quand au proportions, à vous de voir selon la consistance désirée. Sinon le plus simple et le plus sur est encore d’utiliser un médium à glacis. Quand au vernis à retoucher, il s’applique aussi sur les glacis, l’interêt est dans ce cas-ci d’uniformiser l’ensemble de la toile. Le vernis s’applique sur l’intégralité de la surface, pas uniquement à certains endroits… Merci à vous !

  12. Le Bras Petiet, le

    Merci beaucoup pour cette vidéo !
    Je comprends mieux ce terme que j’avais assimilé à un jus coloré certes résineux mais qui devait recouvrir l’ensemble de l’image ! Alors merci pour cet éclaircissement !!!

    Répondre
  13. Camille le Roux, le

    Merci Amandine pour votre réponse et le lien vers votre article sur la térébentine. En effet j’ai confondu.
    Concernant l’essence d’agrumes on a dû mal me renseigner ( pourtant des professeurs! ), je vous remercie de m’avoir bien renseigné 🙂 Cordialement

    Répondre
  14. Camille le Roux, le

    Bonjour Amandine,

    J’ai découvert votre blog il y a peu ! Magnifique travail ! Un immense merci pour cet article très enrichissant qui permet de comprendre efficacement une technique souvent expliquée trop vaguement.

    Voici ma question : l’usage de la térébenthine me dérange à cause de sa toxicité.
    J’ai découvert une alternative : l’essence d’agrumes ( parfois utilisée en restauration de tableaux). Mais je ne sais pas si le degré de résine est suffisant pour enrober le pigment. Ou si cette solution est stable à long terme…
    Pourriez-vous éclairer ma lanterne ? :^)
    Merci dans tous les cas !!
    Cordialement

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Bonjour Camille, attention car l’essence d’agrume est tout aussi toxique que celle de térébenthine. L’essence quelqu’elle soit est nocive. « Mais je ne sais pas si le degré de résine est suffisant pour enrober le pigment. » – N’y aurait-il pas une confusion entre l’essence de térébenthine et la térébenthine de Venise ? Cette dernière est effectivement composée de résine, mais certainement pas la première : voici un article sur le sujet
      Cordialement

  15. Michel Christian, le

    Bonjour,

    Bravo tout d’abord pour vos articles, je vais tous les parcourir, et j’apprendrai sans aucun doute beaucoup de choses. Je suis « tombé » dessus en cherchant des infos sur « comment signer et renseigner (date/d’après photo de…/type de vernis..) une huile au dos du châssis »…
    Ma peur : que le « texte » traverse la toile et endommage la peinture… Auriez vous une technique ou une méthode à me conseiller ?

    Cordialement
    ChrisMic

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Bonjour Michel, merci pour ce message et c’est effectivement une très bonne question. Cela sera donc sujet d’un prochain article 🙂 En attendant, je peux déjà vous dire que signer à l’arrière du tableau, sur la toile et non sur le châssis est pratique très courante et ce depuis toujours. Il n’y a donc aucun danger ! Les infos à indiquer sont : votre nom, année, « d’après untel ». Cordialement

  16. OmorO, le

    Bon article pour l’huile.
    Pour l’aquarelle le glacis est aussi très utile pour éviter de préparer des couleurs dans un jus. En plus rien n’interdit de combiner glacis et lavis (couche précédente pas sèche) pour des mélanges de couleurs directement sur le papier.

    Répondre
  17. cath, le

    une question: je peins à la gouache – tube – pour mes glacis ne n’utilise que de l’eau. y a t il une autre possibilité pour ces glacis?

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Bonjour, oui il vous est possible d’utiliser de la gomme arabique (disponible en flacon de 75ml). C’est le liant qui compose la gouache, elle vous donnera donc une pâte plus fluide et brillante. Cependant la gouache est naturellement opaque, donc pourquoi ne pas appliquer plutôt des glacis à l’aquarelle (naturellement transparente) ??

  18. atelier clc, le

    Jolie démonstration, facile à appliquer, mais ne s’adressant pas aux débutants car ils ne voient pas les mélanges sue la palette.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *