Peindre un tableau baroque par le Maître Donato Grieco

Cette vidéo est impressionnante par la facilité avec laquelle le Maître italien Donato Grieco réalise un tableau de style Baroque. Il nous montre la manière dont il travaille, étape par étape, du dessin jusqu’au glacis final.

 

  1. Il utilise ici un support de toile sur châssis sur laquelle il a peint une première couche d’un ton ocre rouge. L’acrylique est ce qu’il y a de mieux pour ça, étant une peinture à l’eau, elle a l’avantage d’être bien absorbée par la toile et de sécher rapidement, donc si vous peignez à l’huile par dessus pas de risque de craquelure à ce niveau là. La teinte pour le fond n’est pas choisit par hasard, le « rougeâtre » ou l’ocre rouge étaient couramment utilisés jusqu’au XIXe siècle (jusqu’à l’arrivée des Impressionnistes). Cette teinte permet de réchauffer les couleurs et donc de donner une ambiance plus intimiste au sujet, cela favorise entre autre l’emploi du « clair-obscure ». Vélasquez, le Greco et Rembrandt par exemple utilisaient ce genre de fond brun-rougeatre.

    Rembrandt-Velasquez- Le greco

    Rembrandt-Velasquez- Le greco

  2. Il exécute le dessin à la craie de manière très sommaire. Il met en place le « squelette de la composition, » pour le citer.
  3. Ensuite il trace les lignes principales à la peinture à l’huile dans une teinte foncée avec un fin pinceau, afin de marquer cette composition.
  4. La 4e étape est celle où il place les ombres et les lumières qui vont construire l’oeuvre. Un brun sombre pour les ombres et un mélange d’ocre jaune et blanc pour les zones de lumière. Le maître Donato Grieco appelle cela la « grisaille« , c’est-à-dire peindre en camaïeu, utiliser différents tons d’une seule couleur, bien que normalement ce soit le gris, d’où son nom. La grisaille doit affirmer la structure et progressivement accentuer les contrastes. C’est ainsi que le clair-obscure sera obtenu. peindre style baroque
  5. Une fois la structure faite, voilà l’étape de mise en couleur, « pour enrichir la texture ». On peut voir dans la vidéo qu’il place grossièrement par aplats les couleurs, puis avec un autre pinceau ou bien même avec ses doigts, ils les estompent pour créer des effets de fondu, réaliser ce qu’on appelle picturalement un « modelé » (déf : Forme et relief donnés à une figure à l’aide des couleurs, des valeurs, des ombres et des lumières, Dictionnaire technique de la peinture : Pour les arts, le bâtiment et l’industrie par André Beguin)
  6. Puis la vidéo le montre appliquer une couche d’un liquide blanchâtre sur toute la surface du tableau une fois sèche. Ensuite il met en place les glacis (à ce stade on comprend que le peintre utilise ici de la peinture acrylique, et non de l’huile). peindre a l'ancienne
  7. Enfin, dernière étape, l’application des glacis. Un glacis étant une fine couche de peinture transparente. Ceux-ci permettent de préciser le travail, de rehausser les tons et de donner vie au sujet par les éclats de lumière ou de couleurs placés judicieusement. A la fin de la vidéo, le peintre a retravaillé tous les détails, le tableau est net et précis.

peindre avec clair obscure

Cette vidéo montre comment peindre à la manière du Caravage par le travail du clair-obscur, à la manière du Greco par la touche, et de Vélasquez par la technique.

Quant au style Baroque, il est apparu au début du XVIIe siècle, c’est un art très présent en sculpture et en architecture. Les « artistes » (terme inexistant à l’époque) voient la vie comme « le théâtre du monde », d’où le faste et les formes exubérantes. On abandonne la manière figée du Moyen-âge et la statique de la Renaissance . En peinture cela se traduit par des ambiances intimistes, notamment par l’emploi des couleurs chaudes, l’utilisation du clair-obscure, le mouvement et l’expressivité des personnages.

15 commentaires sur “Peindre un tableau baroque par le Maître Donato Grieco

  1. Alain Lagorce, le

    Bonjour,
    Le collègue peint effectivement à l’acrylique. Le liant de type caparol dont il couvre son tableau en cours de travail ne trompe pas.
    J’aimerais attirer votre attention sur le fait que la sacro-sainte règle du gras sur maigre si couramment répandue n’a pas lieu de l’être. En effet il est tout à fait possible de peindre à l’huile maigre sur gras et c’est même souhaitable. Il suffit pour cela de travailler dans la flaque de médium frais avec des pigments broyés avec un médium du type émulsion. C’est le procédé employé par tous les maîtres anciens. Il m’arrive de finir un tableau avec des vélature et des glacis dont la texture n’a rien à envier à l’aquarelle.
    Cordialement

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Bonjour, très bien mais votre médium est déjà gras de part sa composition, de plus peut-être que la couche sous-jacente est déjà durcie. Attention d’être bien précis lorsque l’on affirme des contre-vérités comme celle-ci, il ne faudrait pas que ce soit mal compris… Merci et cordialement

    • Alain Lagorce, le

      Médium gras, émulsion maigre, médium gras, émulsion maigre donc maigre dans gras et inversement.
      Il faut juste prendre soin de travailler avec un médium maigre (émulsion œuf-huile-dammar) dans du médium gras mais frais (huile-dammar-térébenthine) et non sur une couche durcie.
      Si vous avez la curiosité d’aller voir sur mon site les travaux peints de cette façon, vous conviendrez qu’il ne s’agit en rien d’une « contre vérité ».
      C’est LA technique de la peinture à l’huile et c’est la seule façon de ne pas finir en cloaque oléagineux. Cf Rembrandt, Rubens, Chardin…
      C’est une façon de faire que la plupart des gens, même ceux se préoccupant de technique, ne connaissent plus.
      Cette histoire de gras sur maigre est une hérésie. 🙂

  2. Eric, le

    Bonjour,

    à mon avis, ce tableau est réalisé complètement avec de la peinture acrylique.
    (Ce qui règle la question du vernis intermédiaire que vous vous posiez).

    Plusieurs choses me laisse à penser cela :

    – la palette ne ressemble pas à une palette de peintre à l’huile. (seau d’eau, pas de godet pour un quelconque medium ou essence, tubes d’acrylique visibles).
    – le travail semble avancer très rapidement et ne laisse pas de place aux temps de séchage entre les couches (ce peut être l’effet de la réalisation du documentaire, mais bon je trouve que ça va vite).
    – Et surtout, la technique pour faire les modelés avec le pouce est toujours précédée d’un « léchage » du doigt, ce qui est n’a aucun sens avec de l’huile. (la salive et l’huile ne font pas bon ménage, et le peintre met toutes les chances de son côté pour s’empoisonner :X ). Peindre avec le pouce à l’huile ok (nombreux peintres l’on fait ou le font, dont Titien) mais le lécher préalablement, je ne crois pas… tandis qu’avec de l’acrylique (peinture à l’eau) cela reste cohérent.

    Il n’empêche que le travail est remarquable et que le process est intéressant.

    En tout cas merci pour votre blog que je viens de découvrir.

    Eric

    Répondre
  3. Nicole DEHEUNYNCK, le

    Merci pour ce très beau site que je viens de découvrir. Je commence la peinture à l’huile et commence par la copie
    Pouvez-vous me dire quel est ce tableau baroque qui fait l’objet de la démo?
    Grand merci

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Bonjour, aucune indication n’est donnée sur le sujet, il est alors probable que ce soit une création originale. Merci à vous !

  4. Thierry Moutard-Martin, le

    Je confirme pour le « gros bouchon blanc » visible à 1:32. C’est un tube d’acrylique Liquitex ancien modèle. Ils sont un peu différents maintenant, mais j’en ai encore des vieux à l’atelier et on reconnaît bien le conditionnement.
    Et comme les autres, je pense que c’est un vernis à l’eau (résine synthétique acryl, vinyl ou autre de ce genre en émulsion hydrodiluable comme du Caparol) qui est employé avant la phase de finition. Cette dispersion laiteuse devenant bien transparente au séchage est archi-caractéristique.
    Je trouve aussi que bac dans lequel trempent ses pinceaux (visible vers 9:40) est aussi plus ressemblant à ce qu’on utilise en travaillant à l’eau. Il est moins courant de voir des brosses baigner comme ça dans deux ou trois litres d’essence de térébenthine au fond d’un bac en plastique.
    L’idée qu’il fasse tout le début à l’acryl, puis les glacis, rehauts et finitions à l’huile ne serait pas extraordinaire. C’est une façon très efficace de procéder; l’acrylique est un peinture ultraslide, et bien employée elle donne une assise de choix pour des raffinements ultérieurs à l’huile.
    Est-ce seulement pour abréger l’exécution devant la vidéo? Le fait qu’il n’hésite pas à poser son acrylique sur la palette bien culottée semble plutôt indiquer une habitude technique, sinon effectivement le mélange des liants serait assez douteux. (Moi, même pour une démo, il serait hors de question de pourrir une de mes palettes à l’huile avec de l’acrylique et vice-versa!!!)

    Répondre
  5. Jeanne, le

    Bonjour,
    je voulais savoir s’il utilise des médiums lors des premières étapes pour respecter le gras sur maigre ?
    Pouvez-vous m’indiquez lesquels et quelle quantité approximativement ? Merci !

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Bonjour,
      Pour une première couche, il est possible de simplement diluer sa peinture à l’essence de térébenthine. De cette manière les couleurs sont amaigries donc vous pouvez superposer les couches sans soucis.
      En ce qui concerne les quantités, plus la couleurs sera diluée à l’essence plus elle sera maigre, mais par conséquent elle deviendra également terne et mate. C’est pourquoi la dilution à l’essence est conseillée uniquement en début de travail.
      En revanche, pour les couches successives, plus vous rajoutez de médiums aux couleurs plus elles deviennent grasses.
      Il est donc difficile de prédéfinir des dosages à respecter puisque cela dépend du nombre de couches.
      Je vous invite à lire cet article sur le sujet : http://techniquedepeinture.com/appliquer-gras-maigre-peinture-huile/
      Cordialement.

  6. A. Pelosi, le

    Bonjour, je penche pour une décoction de bois de panama, couramment citée afin de dégraisser le travail, avant de reprendre la couche suivante. N’ayant jamais utilisé cette décoction moi-même, je ne suis pas certaine de mon hypothèse, d’autres personnes pourront peut-être confirmer.

    Répondre
  7. Albrile, le

    Pour ce qui est du vernis à retoucher, dans le tableau baroque, je dirais qu’il s’agit d’un vernis de protection acrylique utilisé dans le bâtiment; on le trouve en mat, satiné ou brillant. Durant son utilisation, il se teinte en blanc semi-transparent; celà permet d’avoir une vue précise de l’application.

    Répondre
  8. Besson, le

    vernis à retoucher du commerce ayant cette aspect laiteux ?
    Je pense qu’il s’agit plutôt d’un vernis de finition
    Les vernis acryliques ou aquaréthanes en phase aqueuse sont blancs et laiteux, en séchant il deviennent incolores.
    Le dernier nommé, s’il est mat, peut être peint ou ciré.

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Je suis bien d’accord avec vous, les vernis acrylique ont en effet cet aspect, mais ici c’est impossible qu’il en ait appliqué sur sa toile, jamais sur une huile! Comme il est également impossible qu’il ait mis un vernis final, ce serait aller à l’encontre du processus naturel (http://techniquedepeinture.com/sechage-peinture-a-lhuile/). Vous avez raison au niveau de l’aspect mais dans ce cas précis, ni l’un ni l’autre ne conviennent.

    • F. Besson, le

      L’aspect de la noix de blanc observable sur la palette ou celui du gros bouchon blanc qui ferme le tube de terre brune ne me font pas penser à de l’huile. Je veux bien soumettre une capture d’image de ce dernier à un marchand de couleurs pour obtenir une confirmation à moins que vous ne soyez absolument certaine de la nature du liant. Quant au vernis « final » que l’artiste utilise entre la phase de « structure » et celle du « fignolage », je pense à celui qui est utilisé pour le bois et la restauration.
      Cordialement

    • Flore, le

      Rien ne nous indique avec certitude qu’il utilise de la peinture à l’huile !
      J’avance cette hypothèse :
      1) soit le tout est fait entièrement à l’acrylique (démo rapide pour le DVD)
      2) soit après la grisaille à l’acrylique et « unification » de la surface au vernis acrylique, il poursuit à l’huile…(humm, je suis dubitative)

      Néanmoins, le résultat est sans conteste très réussi : dommage qu’on ne puisse voir d’autres réalisations de cet artiste (hors démos) ; connaissez-vous un peu plus ce peintre et son travail ?! Je m’interroge sur l’appellation de « maître »…

    • Amandine Gilles, le

      Flore je suis d’accord! C’est cette pose de vernis qui le trahit, rien dans la technique à l’huile n’est comparable à ce produit laiteux, alors que dans l’acrylique si. J’avais cherché à l’époque et malheureusement je ne crois pas qu’il ait d’autres vidéos. Selon le net ce peintre se trouve en Charente-maritime, mais il n’y a pas beaucoup d’information à son sujet. Je connais d’excellents artistes qui se font connaître sans avoir de site web, donc son absence ne met pas en cause ses compétences. Cependant il est regrettable de berner le visionneur, toutefois le résultat est là et les étapes sont respectées.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *