Commencer une oeuvre : Réflexion, dessin préparatoire et composition

L’artisan sait toujours où il va, l’artiste pas forcément. 

Pierre Soulages a raison, un artiste doit suivre son intuition car la créativité vient de l’intérieur.

Un artiste a une idée plus ou moins précise de ce qu’il veut atteindre, mais sans répondre pour autant à un cahier des charges. La maîtrise des matériaux et du dessin contribuent fortement à cette liberté de création dont un artiste fait preuve. Abstrait ou figuratif, la composition joue un rôle primordial à la réussite visuelle et formelle d’une oeuvre

Le processus de création est identique à tous les arts, la musique, la danse, la sculpture, etc. D’abords vient l’idée ou le concept ; ensuite la réflexion sur sa mise en forme, comment sublimer ou optimiser cette pensée ou cette émotion ; puis enfin sa réalisation qui est la concrétisation, l’expression d’un cheminement de pensé qui peut parfois être très long.

Le choix du sujet

« Il faut peindre ce qu’on aime »

Les vérités sont bien souvent les plus simples. On aime tous quelque chose, que ce soit la musique, la nature, le sport ou bien même les gens, l’amour, la famille etc…, mais encore faut-il savoir comment l’exprimer au mieux pour représenter matériellement un sentiment ou une réflexion toute personnelle.

Un dévouement à sa propre spiritualité. Une expression de son âme.

Il ne s’agit pas de représenter fidèlement la nature, mais plutôt de voir au-delà de ce que la nature veut bien nous montrer : la réalité émotionnelle, métaphysique, philosophique, et autre. Etre artiste, c’est ne pas créer une oeuvre « qui va bien avec la couleur du canapé », mais présenter une vision unique.

La maîtrise technique favorise cette liberté de création, car la matière n’impose plus ses limites à l’artiste.

Georg Friedrich Kersting

Georg Friedrich Kersting

Se retrouver pour mieux s’exprimer

C’est dans le divertissement que l’homme se perd, et dans le silence qu’il se trouve » B. Pascal

Selon la philosophie du silence, pour parvenir à notre moi authentique, il faut faire taire tout ce vacarme perpétuel autour de nous. En supprimant le superflu, les habitudes et le bruit, ne subsiste alors que le silence et ce qu’il a à nous dire. Les mots sont utiles à l’action mais inaptes à traduire la richesse de la vie intérieure. Car quand la parole se tait, apparait le langage de l’âme.

Retrouvez-vous avec vous-même, prenez du papier à dessin, un crayon graphite (du 3B au 9B), une gomme, et lancez-vous, osez ! « Mal faire » ne veut rien dire ici, alors testez, expérimentez !Les premières lignes seront probablement hésitantes et vous aurez l’impression d’aller nulle part, mais peu importe, continuez. La créativité est comme un muscle qu’il faut travailler régulièrement, petit à petit sortira de vos dessins quelque chose de bon.

Ce sera bon parce que ce sera vrai 

Mettre le sujet en valeur

Que ce soit abstrait ou figuratif, une bonne composition est primordiale. Il s’agit de la mise en scène de votre sujet.

La composition est la mise en place des éléments à l’intérieur du sujet. Une composition harmonieuse et équilibrée servira votre sujet. L’œil du spectateur peut être charmé ou au contraire se sentir agressé selon le visuel. Les publicitaires, graphistes et autres professionnels du visuel maîtrisent parfaitement ces règles de composition. Une bonne composition attire et retient l’œil de celui qui la regarde.

Une belle peinture est comme une belle musique, il lui faut un rythme, une mélodie, une harmonie. Le peintre est un chef d’orchestre. Un chef d’oeuvre n’est jamais le fruit du hasard.

Le contraste

Plus il y a de contraste, plus il y a de relief. N’apportez pas la même luminosité partout. Concentrez la lumière sur les parties que vous souhaitez mettre en avant. Soit par le clair-obscure, soit par la complémentarité des couleurs. Pour en savoir plus : Ici !

Le sujet est ainsi sublimé. Les points lumineux attireront davantage l’œil du spectateur qui se placera naturellement sur ces zones mises en valeur.

Pour vérifier, Ingres conseillait à ses élèves de placer l’oeuvre dans le coin le plus sombre de l’atelier afin de vérifier que même en pénombre, le contraste lumineux persiste.

Rembrandt, Ingres et Delacroix

Rembrandt, Ingres et Delacroix, et leur maîtrise du clair-obscure

Le mouvement

La forme et les lignes forment la structure visuelle de l’oeuvre, et donc son mouvement. Notre attention se focalise toujours sur ce qui bouge, ne serait-ce qu’un tout petit mouvement à peine suggéré. Cette suggestion doit donc sembler tout naturel à notre œil, comme un corps en action ou des formes orientées en quelques directions.

Malevitch, Renoir, Rubens

Malevitch, Renoir, Rubens, ont su suggéré le mouvement

L’essentiel

Inutile de charger son sujet de détails superflus, chaque élément dans la composition doit être utile au sujet. L’excès d’éléments détourneront l’attention du spectateur. « Less is more », ou comme l’a écrit Ingres : « Un tableau est terminé quand on ne peut plus rien supprimer ».

Peu importe le domaine, l’inutile nuit à l’efficacité !

Le nombre d’or

Couramment utilisé autrefois, peu connu de nos jours, le nombre d’or ou encore appelé Divine proportion relève des sciences cognitives. Ce nombre est ainsi appelé car il régit une proportionnalité qui se retrouve dans tous les éléments de la nature, des feuilles de choux à l’anatomie, jusqu’aux galaxies. Le nombre d’or est le résultat d’une équation qui a pour résultat : 1,618034, soit 1,61, provenant d’une proportion entre deux longueurs : En savoir plus sur le nombre d’or.

nombre d'or

Pour un esprit véritablement éclairé, il n’y a rien de plus désagréable à voir que la fausseté dans une peinture, quand bien même elle aurait été par ailleurs peinte avec la plus grande application. Mais que de tels peintres se plaisent à leurs erreurs a pour seule cause qu’ils n’ont pas appris l’art de la mesure, sans lequel personne ne peut devenir créateur ; mais leurs maîtres en sont responsables, qui eux-mêmes n’ont pas connu cet art.

Albrecht Dürer – Instruction sur la manière de mesurer – Traité des proportions.

L’application du nombre d’or à toutes les formes d’arts trouve ses origines pendant l’Antiquité. Certains historiens attribuent sa découverte au fameux Pythagore (VIe siècle avant JC). Quelque soit l’époque, tous les grands artistes ont utilisé ce rapport de proportion. Pierro della Francesca, Leonard de Vinci, Dürer, Rembrandt, Mondrian et Malevitch pour n’en citer que quelques uns. Ce principe s’appelait autrefois la « divine proportion ».

art grec

Réalisation d’esquisses

Comme l’enseignait Ingres dans son atelier :

Ayez tout entière dans les yeux, dans l’esprit, la figure que vous voulez représenter, et que l’exécution ne soit que l’accomplissement de cette image déjà possédée et préconçue. 

Si votre projet est pour le moment encore un peu flou, donnez-lui forme en réalisant une esquisse. Pour cela, dessiner l’ensemble avant de s’attarder sur les détails. Contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est pas une perte de temps, bien au contraire ! L’esquisse permet de donner vie aux idées, permettant toutes les corrections et améliorations éventuelles avant qu’il ne soit trop tard.

Tout comme il y a de nombreuses répétitions avant un spectacle, l’esquisse sert de préparatif. Comme dans n’importe quelle discipline, l’entrainement et la répétition favorisent la réussite.

Concrétisation

Lorsque tout est prêt, le matériel, le support (bien préparer son support), un projet clair, alors on peut réaliser l’oeuvre finale.

Pour la mise en place du dessin préparatoire sur le support, il est conseillé d’utiliser le fusain ou le crayon. Mais pour éviter que ces matériaux ne viennent noircir les couleurs plus tard, il suffit de gommer doucement la surface avec une gomme mie de pain, ou frotter avec un chiffon doux, pour retirer l’excédent de matière afin de ne laisser qu’un dessin légèrement marqué

21 commentaires sur “Commencer une oeuvre : Réflexion, dessin préparatoire et composition

  1. Gdine, le

    Amour/Haine.Je pense qu’ il faut peindre ce qui nous touche, nous donne des émotions fortes qu’elles soient positives où négatives
    Merci à vous

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  2. Claudine De Vroey, le

    Mon vieux professeur de peinture conseillait de faire son dessin preparatoire à l’aide de pastels secs. En utilisant deja les couleurs desirées.

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  3. Laurent Maameri, le

    Merci pour votre article bien complet pour les passionnés et amoureux de la peinture.
    Réaliser un bon tableau demande une réflexion de départ qui n’est pas anodine, souvent les élèves en peinture ignore cette phase préparatrice et c’est bien dommage. Encore merci.

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  4. Junior Socko, le

    Très intéressant votre article. Vous avez l’art de communiquer, de transmettre. Merci beaucoup, ça m’a vraiment aidé.

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  5. sy, le

    Bonjour,

    je m’intéresse beaucoup aux différentes techniques de peinture. Concernant la peinture de mariehelene gachet, le support est du bois. Que pensez vous qu’il faut utiliser comme medium et outil pour avoir ce rendu, comme de la peinture sur soie ?
    Merci par avance pour la réponse
    sy

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    • Amandine Gilles, le

      Bonjour, je ne connais pas le travail de cette artiste et les photos visibles sur Internet ne me permettent pas de vous donner quelconques précisions. J’en suis désolée

  6. Lamy Michel, le

    C’est certain la composition est primordiale mais il faut la faire sortir des habitudes connues et il faut là aussi être créatif par des occupations d’espace plus osés et plus personnel.

    Ce sera cette différence qui ajoutée à la personnalité du peintre (son style et sa facture)
    feront un grand professionnel.

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  7. DEL CIOTTO, le

    Bel article, intéressant, diplômée en restauration de tableaux (donc formaté à la copie), j’étais en quête de création (donc envie de dessiner ou peindre mes propres toiles). Je vous ai trouvé très pro et m’avez éclairé ! Merci

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  8. Hdfghhcfjghjfghvj, le

    Chaque fois que je vous RE-lis j’apprends qqc.

    Auriez vous une suggestion pour obtenir, plus rapidement, des peintures « mûres » ?
    Petit à petit, depuis des années, ça progresse mais je suis certain d’avoir encore de gros progrès à faire.
    Ça ne va pas assez vite, ce n’est pas assez radical.
    Que faire à part peindre sans arrêt ?

    Merci d’avance mais, là, je doute que vous puissiez répondre.
    ;P

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    • Amandine Gilles, le

      Créer est une chose, plutôt accessible à tous. En revanche produire une oeuvre d’art en est une autre. Pour y arriver, encore faut-il connaître le métier, la technique, l’inspiration, la composition, le travail des couleurs, etc… C’est l’apprentissage et la maîtrise de tous ces domaines qui vous feront progresser.

    • Hdfghhcfjghjfghvj, le

      Merci.

      Depuis des années, je varie les plaisir…
      Quand je présente une palette de différents travaux on me demande si il y a différents peintres…
      Pour tenter de peindre de manière plus radicale je m’efforce de peindre toujours plus vite
      et mes toiles sont analysées pour essayer d’améliorer 2 ou 3 choses la fois suivante…
      Là je vais faire 50 peintures, après ça on verra bien si il y a eu de nouveaux déclics !

  9. Hdfghhcfjghjfghvj, le

    Petite coquille :
    AlbrEcht Dürer
    => il manque un « e »

    Je vous lis et relis sans cesse (ça finira bien par rentrer !)
    Vos propos sont clairs et les exemples sont intéressants.
    Merci !

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  10. RATIER, le

    Re-bonjour !
    je découvre votre site avec grand intérêt !
    A propos du dessin préparatoire, pour éviter le désagrément du fusain / graphite qui se dilue, je fixe l’ensemble avec un fixatif fusain en bombe avant de faire quoique ce soit sur la toile/
    Ensuite, je dépose les valeurs en noir/gris/blanc à l’acrylique.
    Puis j’applique le premier lavis huile très dilué au médium Liquin.
    j’ai l’impression que ce fixatif est tellement volatile qu’il ne peut pas poser de problème de tenue.
    Que pensez-vous de l’évolution de ce fixatif dans le temps ?…
    Re-merci pour votre réponse !

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    • Amandine Gilles, le

      Bonjour ! Le fixatif est effectivement très volatile, il ne crée donc pas de réelle couche. Cependant il est composé de résine et de solvant, donc il est conseillé d’attendre qu’il soit bien sec avant d’appliquer l’acrylique ; de quelques heures à quelques jours selon la quantité de fixatif aspergée. C’est important pour la bonne tenue dans le temps. De cette manière, il n’y a pas grands risques.
      Cordialement

  11. Catherine, le

    « Une composition est l’égale d’une mise en scène. On ne fait pas un bon spectacle sans avoir répété avant, un comédien ou un chanteur s’entraîne toujours avant de monter sur scène. Pourquoi serait-ce différent avec les artistes-peintres? » Vous montrez un artiste qui peint a la prima sans avoir dessiné sur la toile avant de peindre. Est-ce qu’il a fait des excises avant ? Il est possible que oui mais on ne mets ce fait en avant nul part de nos jours… Perso je prends des notes ou fait des gribouillis mais c’est surtout dans la tête que ça se passe en faisant le ménage par exemple j’élabore des plans. Je le fais aussi en fixant longtemps le support encore blanc. Lorsque je prends des notes ou fait des gribouillis, on me pique des idées alors je suis devenue parano…

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    • Amandine Gilles, le

      Pour arriver à peindre comme il le fait , c’est qu’il a un sacré bagage derrière lui. Evidemment qu’il y en a eu des exercices pour en arriver là. Si vous avez le même niveau que lui, alors c’est que vous n’avez plus besoin de vous entraîner!

  12. hugues, le

    le nouveaux viendra car c’est demain ,il faut aimer, et laisser la nature parler à travers nous, et le soleil se lèvera sur un jour nouveau qu’il faudra continuer à aimer de nouveau;

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