Huile ou acrylique ?

Les peintures à l’huile et à l’acrylique, sont-elles similaires ou dissociables ?

La question est légitime et le débat reste ouvert. Certains disent que ces deux techniques de peinture n’ont rien à voir, qu’on ne compare pas une automobile à une bicyclette, même si les deux permettent de se déplacer (pour citer le message reçu d’Alain S. que je salue). Certes on ne peut comparer ces deux moyens de transport sur le plan visuel ou mécanique, ce serait absurde. En revanche, les comparer sur le plan de l’usage et de l’objectif reste censé. Et c’est justement parce que ces 2 véhicules permettent des usages différents qu’ils se complètent, et que la plupart des individus de nos pays occidentaux possèdent les 2 dans leur garage, une voiture + un vélo !

Le principe est le même pour nos techniques de peinture. La peinture à l’huile et à l’acrylique sont différentes à bien des égards, surtout sur le plan de leur mécanique. L’une se dilue à l’eau et sèche par évaporation, tandis que l’autre se dilue à l’essence et durcit par siccativation (ou oxydation). De ce fait, leurs utilisation et manipulation s’en trouvent différentes, voir contraires. En revanche, les résultats obtenus se complètent et leur usage peut être similaire. Par exemple, au sein d’une même oeuvre, les effets obtenus avec l’une, viendront renforcer les effets crées avec l’autre. Car ce qui fait défaut à l’une, s’avère être la qualité de l’autre.

Publications

Les 1000 Facettes de l’Acrylique – Amandine Gilles – Mango Editions – Octobre 2019

La Peinture à l’huile aujourd’hui – Amandine Gilles – Eyrolles Editions – Publication prévue : Novembre 2020

C’est après avoir pratiqué pendant plus de 23 ans, étudié et écrit sur ces deux techniques de peinture, qu’une vision globale s’est forgée. L’huile et l’acrylique sont à la fois différentes et liées, et nous allons voir en quoi.

Les caractéristiques

Voici déjà un tableau comparatif des caractéristiques, entre la peinture à l’huile et la peinture acrylique.

Peinture à l’huilePeinture acrylique
CompositionPigments + huile végétale (de lin cuite ou de carthame par exemple)Pigments + liant acrylique (résine plastique issue du pétrole)
DiluantEssence végétale (térébenthine, lavande ou agrume) ou essence minérale (White spirit ou essence de pétrole)Eau
MécaniquePhénomène de siccativation (durcissement de la pâte par pénétration de l’air)Phénomène d’évaporation (l’eau s’évapore dans l’air)
Temps de « séchage » De quelques jours à plusieurs mois selon les conditions (épaisseur, gras,…)De quelques minutes à quelques heures selon les conditions (épaisseur, humidité,…)
HistoriqueApogée au XVe siècle en Flandres avec les frères Van EyckCréation en 1950 aux Etats-unis par les industriels
UsageIdéal pour une recherche de pérennité, de maîtrise de la pâte ou de puissance chromatique (profondeur des teintes, modelés parfaits, etc.) Idéal pour les pratiques « contemporaines », expérimentales ou polyvalentes, avec effets des texture ou de type Street art
Contraintes mécaniquesToujours permettre à l’oxygène de pénétrer au coeur de la pâte. Respecter :
– Règle du « gras sur maigre »
– Délais d’attente
Pas de règles déterminantes
AvantagesPâte résistante, brillante, agréable à manipuler grâce à son onctuosité et sa fraîcheur.
Teintes profondes et intenses, jamais égalées malgré les 600 ans d’existence.
Offre de grandes possibilités créatives
Facile à utiliser, rapide à sécher. Sans réelles contraintes.
S’applique sur tous supports à travers de multiples procédés
DéfautsLongs délais de durcissement. Connaissances techniques préalables à avoir pour pouvoir être à l’aiseSéchage (trop) rapide. Légère altération des teintes après séchage. Aspect « plastique » de la matière
Qualité requise Avoir de la patienceLâcher-prise

Ces caractéristiques nous montrent clairement que ces deux techniques de peinture n’ont effectivement rien à voir. A savoir que l’acrylique a été créée dans les années 1950 pour répondre aux besoins créatifs d’une époque, en guise de parfait compromis entre l’huile, trop lente à durcir, et l’aquarelle, bien trop fragile. De ce fait, ces propriétés sont uniques car créées sur-mesure pour des artistes contemporains polyvalents, en recherche de simplicité, de rapidité et d’expérimentations.

Les procédés

En revanche, le point sur lequel ces deux techniques sont similaires concerne les procédés. Ce tableau des procédés ci-dessous, réalisé à l’atelier, permet d’avoir un aperçu des diverses manières de travailler la pâte picturale. Que ce soit en modelé, en glacis, en dripping, par touches, par projections, par empreinte, etc, la peinture à l’huile et à l’acrylique se valent. Bien que certains procédés soient à favorables à l’une ou l’autre, globalement les deux types de peinture permettent de tous faire (les glacis seront bien plus réussis en peinture à l’huile cependant !).

Les multiples procédés de la peinture, toutes techniques confondues (ici à l’huile). En haut, de gauche à droite : Le modelé / L’empâtement / Les glacis / Les touches / Le lavis. En bas, de gauche à droite : Le frottis / Le dripping / L’empreinte / Les projections / Les marbrures

C’est un mauvais préjugé de croire que l’huile se cantonne à des oeuvres figuratives de types académiques, et l’acrylique à des oeuvres abstraites ou expressionnistes. De grands artistes au style contemporain utilisent l’huile, tout comme l’acrylique permet de réaliser de belles compositions traditionnelles.

L’huile est une peinture ancienne qui s’adapte très bien à un traitement contemporain

Etant donné qu’il est plus facile de réaliser des effets de matière et d’épaisseur avec l’acrylique, celle-ci peut être préférée pour cet usage. Tandis que la peinture à l’huile pourra lui être superposée afin d’y ajouter des couches de glacis. De cette manière, vous proposez un rendu unique et optimal !

Les peintures intermédiaires

L’autre point reliant indubitablement la peinture à l’huile et la peinture acrylique, telle une passerelle entre deux rives, concerne les gammes intermédiaires.

On sait que l’huile permet de beaux coloris mais a une mécanique contraignante ; à l’inverse, l’acrylique est simple d’utilisation mais fait parfois preuve de fadeur… Par chance, il existe dans les rayons beaux-arts des magasins de parfaits compromis.

Les huiles hydrosolubles

Les peintures à l’huile hydrosolubles sont des peintures à l’huile diluables à l’eau. Cobra chez Talens, et Artisan chez Winsor & Newton

Peintures à l’huile diluables à l’eau, dites hydrosolubles. Photo : Jackson’s art supplies

Le liant, qui est l’huile, a été chimiquement modifié pour pouvoir être mélangé à l’eau. Les caractéristiques sont similaires, les effets visuels quasi identiques, les peintres y trouvent pleinement satisfaction. Grâce à ces gammes de couleurs, l’utilisation de la peinture à l’huile devient beaucoup plus simple et sécuritaire puisque l’essence (toxique) est remplacée par l’eau ! Les couleurs sont à utiliser avec les médiums spécifiques, également hydrosolubles. A ne pas mélanger avec les médiums standards qui sont alors inadaptés. Les pinceaux se nettoient directement à l’eau.

Grâce à ces peintures à l’huile hydrosolubles, on retrouve l’onctuosité, la brillance et la fraîcheur de la pâte à l’huile, alliées à la simplicité d’usage des peintures à l’eau !

Les peintures alkydes

Griffin alkyd de Winsor & Newton. Photo de Eckersleys.com

Ces peintures à l’huile ont un durcissement bien plus rapide que des couleurs standards. Prévoir seulement quelques minutes pour des couches fines et plusieurs heures pour des couches « normales ». Ce phénomène accéléré est du à la présence de la résine alkyde au sein de la composition. Ces couleurs à l’huile sont alors idéales pour les empâtements, les superpositions de couches rapides et les peintures sur le motif (en plein air).

Les Griffin se diluent à l’essence et se mélangent avec des médiums standards (au risque toutefois de leur faire perdre leurs propriétés). Elles sont également un peu plus fluides et transparentes que les couleurs à l’huile ordinaires. 

Grâce à ces peintures alkydes, on retrouve l’intensité des teintes et une pratique identique à la peinture à l’huile classique, alliées à une siccativité rapide, se rapprochant de l’acrylique !

L’acrylique à séchage (très) lent

Open de Golden, l’acrylique à séchage lent. Photo de Géant-beaux-arts.be

La gamme OPEN de Golden est assez méconnue et plutôt rare sur le marché européen (marque américaine), elle s’avère pourtant être le parfait compromis entre l’huile et l’acrylique. Elle satisfera et surprendra tous les peintres à l’huile qui détestent d’ordinaire l’acrylique, je vous le garantis !

Le liant utilisé est une variante du liant acrylique standard. Celui-ci est totalement transparent, n’altérant aucunement les teintes lors du séchage. Les couleurs conservent toutes leurs brillance, y compris sur le long terme. De plus, l’évaporation est incroyablement lente… Compter plus de 24h pour une couche fine, et plusieurs jours pour une couche « normale ». D’après une expérience personnelle, les couleurs sur la palette conservées au frigo, restent fraiches pendant près de 6 semaines !

Grâce à ces couleurs acryliques à séchage (très) lent, on a des caractéristiques semblables à la peinture à l’huile, tels que la brillance des tons sur le long terme, l’onctuosité, et la lenteur de séchage, favorisant le travail dans le frais !

Conclusion

Les peintures à l’huile et à l’acrylique, sont-elles similaires ou dissociables ?

Ces deux techniques de peintures sont bien différentes par leur composition, leur mécanique, leur usage, c’est une certitude. Cependant, elles sont liées et similaires par le traitement que l’on en fait et par les intermédiaires existants. Chaque peintre devrait se procurer le matériel nécessaire et trouver source de plaisir dans chacune de ces techniques, car leur expression créative s’en retrouverait renforcée.

Pourquoi choisir l’une ou l’autre, quand on peut bénéficier des avantages des deux ?!

15 commentaires sur “Huile ou acrylique ?

  1. Jonathan, le

    Bonjour

    J’ai commencé une toile a l’huile (je peins de maniere academique en superposant plusieurs couches), j’ai uilisé la marque Pébéo, je me demandais si je peux continuer pour les couches suivantes avec une autre marque comme la marque Van Gogh. ce dont j’ai le plus peur ce sont les craquellures et une adhésion non optimale des nouvelles couches.

    Merci

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    • Amandine Gilles, le

      Bonjour Jonathan, Il est tout-à-fait possible de mélanger différentes marques de peinture à l’huile. Sans problème.
      Pébéo n’est effectivement pas la meilleure du marché. Compte tenu de votre volonté de pérennité, je vous conseille plutôt les gammes extra-fines de Old Holland, Sennelier, Rembrandt, Lefranc-Bourgeois, Blockx ou encore Mickael Harding. Ces couleurs sont plus chères car leur concentration pigmentaire est plus élevée, donc les couleurs sont plus intenses et plus résistantes.

  2. Christian, le

    Bonjour , félicitations pour cet article très complet et dont le tableau comparatif permet à chacun de mieux comprendre les deux techniques .Pour ma part ,je pratique la peinture à l ‘huile depuis 1970 , un hobby au début que j’ ai pu peaufiner depuis .J’ ai utilisé quelques temps l’ acrylique , autre technique autre approche de la couleur ! Je profite de ce commentaire pour conseiller un ouvrage « Peindre à l’huile comme les maîtres : La technique du XVIe au XVIIIe siècle « de Claude Yvel chez Edisud , où l’on voyage dans le temps avec une explication sur la provenance et fabrication de pigments , toute une alchimie qui entourait l’usage des liants vernis sans oublier la fabrication à l’ancienne de pinceaux, toiles etc..
    Encore merci pour la qualité de vos articles très instructifs.
    Bonne journée

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Merci Christian pour ce partage, malheureusement je crois que ce livre (qui est effectivement génial) n’est plus publié. A moins de le trouver d’occasion ou à la bibliothèque, il est difficile de se le procurer…

  3. Nicole Pradalier, le

    Merci pour votre article!
    C’est drôle parce que je vous découvre ce matin en cherchant le bouquin de Kandinsky et votre thème de comparaison huile/acrylique est pour moi d’une parfaite actualité, Je concluais en effet, il y a deux jours (après avoir pratiqué l’acrylique par manque ponctuel de mes diluants pour l’huile), que le choix de l’acrylique ou de l’huile était dépendant de l’usage que l’on faisait de la peinture, contradictoirement donc à votre tableau. Je sais, par exemple, que pour moi qui travaille la matière comme un aller-retour constant entre la toile et mon geste sur elle dans une constante découverte, l’huile est le parfait outil. En revanche, pour la personne qui a un objectif déterminé, sans doute l’acrylique la satisfera mieux alors que l’huile la déstabilisera. Pour ma part, je demande à la peinture la découverte continue et c’est l’huile seule qui le permet. Mais peut-être est-ce le résultat d’un compagnonnage complice. Et peut-être devrais-je un jour chercher dans l’acrylique l’aventure que je trouve au bout du pinceau à l’huile…. Merci en tout cas pour votre blog dont je vais poursuivre la lecture!

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  4. christian donck, le

    La marque américaine GOLDEN Acrylic Paints , est de loin le meilleur et le plus complet dans ses gammes de couleurs et de medium . Beaucoup de peintres très connus Richter ou autre Soulages sont d’ailleurs passés de l’huile à l’acrylique depuis une ou deux décennies. Je suis d’accord que la gamme de Golden Open sèche très (trop) lentement pour mon travail ( à la palette et racloir (squeegee)) avec d’épaisses couches. J’emploie leurs Heavy Body Acrylics en ajoutant des médiums ( ex. Retarder ). A voir sur leur site ( Goldenpaints).

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  5. Philippe, le

    Que pensez-vous de la technique qui consiste à commencer une toile à l’acrylique et la poursuivre à l’huile ? On gagne du temps au démarrage tout en gardant l’aspect de l’huile.

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  6. Hubert, le

    Je vais essayer la peinture « open » et vous donnerai mon opinion.
    Je pense que tout comme moi, vos abonnés apprécieraient de pouvoir joindre une image à leur courriel pour vous montrer les problèmes auxquels ils sont confrontés et bien sûr pour avoir le plaisir de montrer leur travail. Le but n’est pas que vous portiez un jugement de valeur mais cela donnerait à votre forum un esprit « atelier » qui créerait de la proximité entre tous.
    Bonne journée et merci encore pour vos articles.

    Répondre
    • Amandine Gilles, le

      Bonjour Hubert, le sujet est actuellement à l’étude, vous faites bien de le suggérer ! En vous inscrivant à la newsletter (si ne c’est pas déjà fait), alors vous serez tenu informé dès qu’une plateforme d’échange sera mise en place 🙂

  7. Gautiet, le

    Magnifique exposé. … clair, précis, intéressant même pour une peintre un peu expérimentée…
    J’apprécie toujours de lire des conseils intelligents. Grand lerci pour cet article.

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  8. Erick, le

    Bonjour,
    J’aimerai arrêté l’acrylique, séchage trop rapide, et contrainte de nettoyage en extérieur.
    L’huile ne me convient pas odeur, et temps de séchage.
    J’avais pensé à la Cobra, vous en pensez quoi, le séchage n’est-il pas trop long ? n’y a t-il pas trop de perte ?
    Merci

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    • Amandine Gilles, le

      Bonjour, à la lecture de l’article, peut-être avez-vous découvert l’acrylique à séchage lent ? Sinon, pourquoi ne pas utiliser un retardateur de séchage ?
      Quand au fait d’éviter la perte, mieux vaut en mettre peu sur la palette, puis en ajouter si besoin seulement.
      Merci à vous

    • Frédéric, le

      bonjour
      j’utilise la cobra en parallèle de l’huile, elle est facile d’utilisation, se dilue à l’eau (pinceaux nettoyés à l’eau également). tres bien pour une facture moderne. ne sent pas.
      il existe une paste pour les empatements et un medium pour allonger et faire briller.
      peinture assez chère quand même et limitée en choix de couleurs (une quarantaine)

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