Bien préparer son support avant de peindre

Vouloir peindre c’est bien, mais sur un bon support c’est mieux!

Pour une meilleure conservation, pour un résultat de qualité et aussi pour ne pas avoir de mauvaises surprises lors du processus de création, mieux vaut avoir bien préparé son support avant tout. Pourquoi?? C’est simple, certains matériaux vont être trop absorbants, trop fragiles, trop sensibles et donc cet état favorisera les craquelures, les changements de tons, les moisissures etc…

Comment préparer son support? 2 étapes sont nécessaires :

La 1ere étape hautement indispensable est : L’encollage!Il uniformise le support, permet une bonne accroche des couches suivantes (enduit ou peinture) et sert d’enveloppe hermétique contre les attaques extérieures (l’humidité, les bactéries, la déformation naturelle et donc empêche les craquelures, les moisissures, etc…) Et ceci est valable pour une très grande majorité des supports (panneau de bois, toile, carton, papier marouflé,etc…)

La 2eme étape importante mais pas obligatoire est : L’enduction! L’enduit est appliqué sur l’encollage sec. Il est couvrant et permet d’uniformiser la surface à peindre. Le liant utilisé pour l’enduction et souvent identique à celui utilisé pour l’encollage. Selon l’effet recherché, il est possible de lui créer un effet de texture par exemple.

Voici une vidéo relatant ces informations :

Image de prévisualisation YouTube

Quelques petites choses à savoir avant de commencer ! :

– Les toiles sur châssis disponibles en commerce sont prêtes-à-l’emploi, c’est pour cela qu’elles sont blanches, l’enduit étant déjà appliqué. Si vous utilisez ces produits, alors vous n’avez rien d’indispensable à faire… 🙂

– Grosso modo, une préparation « maigre » est composée de matériaux maigres, en général se diluant à l’eau (colle de peau, caséine, acrylique, vinylique, etc…). Quant à la préparation « grasse », elle est composée avec une petite proportion d’huile. Elle est plus solide et résistante que la préparation maigre mais étant donné la présence de l’huile, elle peut avoir tendance à jaunir et est très longue à sécher, d’autant plus qu’on ne peut que peindre gras sur cette préparation, toujours dans le respect du fameux « gras sur maigre ». 

– La force ou la puissance d’une colle est appelée le « tirant », elle est déterminée selon la proportion eau/colle lors de sa fabrication.

tirant

– Il existe plusieurs produits de mise en oeuvre pour préparer son support : Les préparations modernes (acrylique, vinylique, Caparol, etc…), et les préparations traditionnelles à base de produits naturels (colle de peau de lapin, de poisson, caséine, etc…). Dans cet article nous n’allons parler que du liant acrylique et de la colle de peau, sinon l’article serait beaucoup trop long et complexe et cela assurerait une perte des visiteurs au fur et à mesure de la lecture…. 🙁 En attendant que je complète avec de nouveaux articles sur ce sujet, je vous conseille le livre de Jean-Pierre Brasz Manières de peindre : Carnets d’atelier. Il est complet et très bien expliqué étape par étape.

Préparation moderne (La plus facile et rapide)

L’encollage

Le matériau magique : le liant acrylique! Vous le trouverez aisément dans le commerce dans de multiples marques, sous les noms également de binder ou bindex. Plusieurs quantités vous seront proposées allant jusqu’à 5l. 

Liants acryliques de différentes marques
Liants acryliques de différentes marques

Le liant acrylique est composé de résine soluble dans l’eau mais irréversible une fois sec, il est très résistant. Il suffit juste de lui rajouter quelques volumes d’eau afin de le fluidifier et il s’applique sur n’importe quel support! Ce produit moderne est idéal pour toute nouvelle création car il est simple d’utilisation, qualitatif et facilement accessible. A ne pas confondre avec les colles acryliques! Pour la préparation des supports, il est conseillé d’utiliser les liants et non les colles, car les liants sont testés par les fabricants pour leur comportement avec les pigments, ce qui n’est pas le cas des colles. Appliquez la préparation avec une large brosse, un spalter en soie de porc par exemple, sur les 2 côtés du support afin de le protéger complètement des attaques extérieures. Plusieurs couches peuvent être nécessaires. Cela minimisera les déformations physiques naturelles, comme la toile qui se détend et le bois qui se courbe.  Une fois le support « collé », il faut à présent l’enduire!

L’enduction

Pour fabriquer l’enduit, mélangez de la craie (ou du blanc de Meudon ou d’Espagne), du liant acrylique en volume égal, et de l’eau jusqu’à ce que vous obteniez la consistance souhaitée. Mieux vaut passer plusieurs couches fines plutôt qu’une seule épaisse. En général, deux couches sont suffisantes. Sinon, dans un souci pratique et de rapidité, utilisez donc du gesso. C’est un enduit déjà tout prêt, vendu dans tous les magasins de matériel artistique dans les même quantités que les liants acryliques (voir plus haut). C’est globalement un mélange de colle et de craie qui fait très bien l’affaire. Les qualités peuvent varier cependant.

Gesso de marque différente
Gesso de marque différente

Préparation traditionnelle (complexe mais authentique!)

L’encollage

La méthode principale est l’utilisation de la colle de peau de lapin (anciennement appelée colle Totin, nom de l’ancien fabricant).

Colle de peau en poudre, en grain et en plaque
Colle de peau en poudre, en grain et en plaque

Cette colle a une très bonne adhérence et une capacité à fixer les supports souples, tels que le papier et la toile. Elle ne jaunit pas et est réversible à l’eau. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle est utilisée pour la restauration d’œuvres d’art. Contrairement aux liants acryliques, la colle de peau supporte très difficilement l’humidité, elle est propice aux moisissures et a tendance à s’assouplir et donc à détendre le support souple, provoquant des dégâts irrémédiables pour la couche picturale. Il est donc préférable de peindre à l’huile sur une préparation comme celle-ci. 

Selon Xavier de Langlais  : « La sensibilité de la gélatine à l’humidité et sa coagulation rapide dès que la colle cesse d’être chaude sont les deux grands défauts de ce produit. »

Il existe également d’autres colles du même genre, comme la colle de parchemin ou la colle de poisson, mais ces dernières sont moins courantes, elles sont utilisées dans des cas bien particuliers. Tout d’abords, il faut laisser gonfler la colle de peau dans de l’eau froide pendant 24h dans un récipient propre et hermétique. Selon Jean-Pierre Brazs : Pour l’encollage d’une toile ou d’un panneau de bois : 70gr à 100gr de colle de peau pour 1 litre d’eau. Et pour l’encollage d’un papier : 40 à 60gr par litre. Ensuite faire chauffer au bain-marie seulement la quantité dont vous avez besoin. Il faut l’utiliser tiède car si elle est froide elle ne colle pas, et si elle a bouilli elle ne colle plus… Appliquez-là donc au spalter sur votre support et laisser sécher naturellement, et non pas face au radiateur, sous le soleil ou au sèche-cheveux… Vous pouvez conserver le surplus jusqu’à 5 jours, toujours dans un récipient hermétique. Cette technique est certes compliquée mais toutes ces précautions sont à respecter sinon les risques de pourrissement ou de moisissures pourraient intervenir.

cdlcolletotin030

L’enduction

Pour un enduit maigre, mélangez en proportions égales : de la craie (blanc de Meudon ou d’Espagne), ou du blanc de lithopone ou de titane pour plus de luminosité, de l’eau puis de la colle de peau (70-100gr/litre). Soit en versant la charge dans la colle chaude, soit en versant la colle chaude sur la pâte eau/charge. Et attention, évitez la formation de bulles d’air! Mieux vaut que l’enduit soit fluide, il s’étalera mieux.

Pour un enduit gras, mélangez en proportion égale du blanc de lithopone (pour l’opacité), de l’eau, de la colle de peau et un 1/2 à 2/3 de volume d’huile de lin cuite. Mais attention, car une toile préparée ainsi ne peut pas être roulée (On ne devrait pas quoi qu’il en soit rouler les toiles), et dans le soucis du gras sur maigre, vous ne pouvez donc peindre que gras, à l’huile notamment.

A présent vous pouvez peindre sur n’importe quel support et une conservation de qualité sera favorisée!! Cependant si vous utilisez du bois, n’oubliez pas de le dégraisser avant de commencer quoi que ce soit, avec de l’essence minérale pour les bois neufs, de l’eau et du st. Marc pour les vieux bois. Dégraisser, nettoyer et encoller!!

Share Button

151 thoughts on “Bien préparer son support avant de peindre

  1. Bonjour,
    Merci pour cet article très intéressant et instructeur. J’apprends donc qu’il me manque une étape dans ma préparation de toile.
    Je remarque des craquelures sur la tranche de mes toiles, à l’endroit où le châssis part en chanfrein. J’ai jusqu’à présent seulement passé une couche de peinture acrylique suivie de deux de gesso. Il n’y a donc pas d’encollage dans mon processus de préparation de toile si j’ai bien suivi votre article, n’est-ce pas ? Ce doit être la raison pour laquelle apparaissent ces craquelures, la peinture acrylique ne résistant pas à la tension de la toile.
    Donc à l’avenir , encollage au liant et enduit au gesso. Quant au process, la tension de la toile est-elle indispensable pour l’encollage et l’enduction ? Si oui, n’est-il pas préférable d’agrafer sa toile sur une planche pour avoir une répartition uniforme du liant, plutôt que sur un châssis où les coins et bords passeront sans doute à la trappe ? Dans le cas d’un besoin de passer deux couches de liant de chaque côté, peut-on passer les couches d’un côté puis d’un autre (en attendant bien sûr le séchage), ou faudrait-il alterner les côtés entre les couches (couche 1 recto/couche 1 verso, couche 2 recto/couche 2 verso, etc).
    Une dernière question : seul l’encollage est à réaliser des deux côtés de la toile ?
    Merci d’avance pour vos réponses.

    1. Bonjour, les craquelures qui apparaissent proviennent probablement de l’absorption de la toile, qui absorbe le liant et laisse la craie (ou le pigment) en surface. D’où l’interêt d’appliquer la colle au préalable. Et effectivement il est préférable que l’intégralité de la toile soit encollée, alors que le gesso quant à lui ne s’applique que sur la surface à peindre. Lorsque les deux côtés doivent être recouverts, mieux vaut alterner, car le principal à retenir de tout ça c’est que le support doit être tendue dès le départ et doit être ensuite protégé pour ne plus avoir à subir une quelconque tension par la suite. J’espère avoir répondu à vos question. Cordialement

      1. Merci pour vos réponses. Pourriez-vous m’aider à mieux comprendre ce processus d’encollage ?
        Quels sont les différences entre le Caparol et les liants acryliques et vinyliques ? Composition seulement ? Ou bien le résultat sur toile est-il différent aussi ? Que recommanderiez-vous pour un meilleur résultat et une meilleure tenue dans le temps ?

        1. Le Caparol est une colle (ou liant) vinylique. Il est plus resistant que les liants acryliques au point de pouvoir être appliqué pour les peintures extérieures. Dans les acryliques, il faut déjà faire la différence entre les colles et les liants, car une colle employée en mélange avec des pigments peut éventuellement altérer les couleurs contrairement à un liant.
          Pour ma part je recommande soit le Caparol soit un liant acrylique (et non pas une colle)
          Cordialement

          1. Merci pour vos conseils et explications ! Au boulot maintenant !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Etes-vous humain(e)?! * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

For spam filtering purposes, please copy the number 1877 to the field below: